La présidentielle, une chance pour le Liban, juge Nassib Lahoud

Une première tentative pour élire un nouveau président en remplacement du sortant pro-syrien Emile Lahoud a échoué le 25 septembre faute d’un quorum d’élus suffisant, la réunion extraordinaire de la Chambre des députés étant boycottée par le Hezbollah et les autres factions d’opposition.

Le prochain rendez-vous a été fixé au 23 octobre.

En vertu du système de partage du pouvoir en fonction des communautés, la présidence est réservé à un chrétien maronite.

Nassib Lahoud espère toujours un candidat de consensus avant l’expiration du mandat de son cousin et rival Emile Lahoud le 23 novembre.

L’ancien chef de l’armée Michel Aoun est le seul candidat déclaré de l’opposition, mais d’autres prétendants pourraient émerger au fur et à mesure des tractations.

UN ARBITRE CRUCIAL

Le processus de désignation est compliqué par les liens entretenus par diverses formations libanaises avec des puissances extérieures comme la Syrie, l’Iran, l’Arabie saoudite ou les Etats-Unis, qui se livrent à une guerre d’influence dans la région.

“Honnêtement, j’espère que personne ne s’en mêlera”, a dit Nassib Lahoud. Admettant que la Syrie a eu des intérêts au Liban, il a souligné que Damas devait respecter la souveraineté et l’indépendance de son voisin.

Les Syriens doivent retirer leur soutien aux groupes armés palestiniens illégaux dans l’est du Liban, procéder à un échange d’ambassadeurs avec Beyrouth et accepter de délimiter la frontière avec le Liban, a-t-il déclaré.

“Par-dessus tout”, a estimé Lahoud, “nous attendons une coopération totale avec le tribunal international mis en place par les Nations unies pour juger les auteurs de l’assassinat de (Rafic) Hariri.”

La Syrie, qui nie toute implication dans le meurtre de l’ancien Premier ministre en février 2005, et dans les autres assassinats politiques commis par la suite, conserve une forte influence au Liban à travers le Hezbollah et le mouvement Amal.

Selon Nassib Lahoud, il faut engager un dialogue sur le désarmement du Hezbollah, seule faction libanaise toujours armée depuis la guerre civile de 1975-90. “Toutes les armes doivent être sous la seule garde du gouvernement libanais”, a-t-il dit.

“Nous voudrions bénéficier des capacités de défense du Hezbollah dans le cadre du gouvernement libanais”, a-t-il ajouté.

La stabilisation du Sud, où les troupes libanaises sont déployées au côté de casques bleus de l’Onu depuis la guerre de l’été 2006 entre Israël et le Hezbollah, est l’une des grandes priorités du pays, a encore estimé le candidat.

Les autres priorités sont la relance de l’économie, le redémarrage des institutions et la préparation d’élections législatives.

“C’est beaucoup et un président au Liban aujourd’hui pourrait jouer un rôle crucial pour concilier toutes ces choses”, a-t-il déclaré.

L’accord de Taïf qui a mis fin à la guerre civile a privé le président de certains pouvoirs, transférés au Premier ministre et au gouvernement, mais le chef de l’Etat est davantage qu’un faire-valoir.

Ancien ambassadeur à Washington, député de 1991 à 2005, Nassib Lahoud a promis que, s’il était élu, il tâcherait de se montrer impartial, sans renoncer aux principes de la coalition anti-syrienne du 14 mars.

“Je pourrais jouer le rôle que le président devrait jouer, celui d’arbitre à égale distance de tous les Libanais et bénéficiant de la confiance de tous les Libanais.”

Aoun estime que « le crime ne profite qu’à ceux qui tentent de l’exploiter »

Enfin, à une question relative à l’appel des Prélats maronites, qui ont invité aujourd’hui tous les députés à se rendre au Parlement (le 25 septembre) et à ne pas boycotter les institutions (l’élection présidentielle, un boycott qualifié de trahison), Aoun a refusé de répondre, soulignant qu’« il refuse de cautionner une partie de la classe politique libanaise qui a spolié le pouvoir (la majorité) ».

A l’approche de l’échéance, l’élection présidentielle devient de plus en plus une obsession pour le général Aoun. Il a sacrifié tous ses principes pour y parvenir. Il a renié son combat pour la libération du Liban (1989), il a gommé ses quinze années d’exil, il a blanchi la Syrie de tous ses crimes, il s’est allié au Hezbollah qu’il venait de dénoncer devant le Congrès américain… pour avoir leur caution. L’assassinat d’un député et de huit autres personnes innocentes ne devrait pas perturber la conscience du général, au cas où il en aurait encore une.

Khaled Asmar – Beyrouth
Mediarabe

Paul Pharès : « Le Liban doit passer au fédéralisme »

« Le Liban n’est plus un État. Nous allons vers la séparation, ou vers un État religieux ou laïc si nous continuons ainsi. Le fédéralisme est un moyen de sauver le Liban et de lui assurer pérennité, stabilité et égalité. Le fédéralisme empêche le séparatisme », a-t-il dit, évoquant l’existence d’un projet de découpage fédéral du Liban qui existe depuis 1989 et qui divise le Liban en 24 ou 34 unités administratives homogènes sur le plan confessionnel, qui élisent leur conseil et qui possèdent de larges prérogatives. « L’État fédéral continue de gérer les affaires politiques, défensives, financières et économiques. Il serait consensuel et édicterait les lois », a-t-il indiqué. « Chaque unité suit le régime qu’elle veut. Le pouvoir central n’appartient pas aux maronites, mais il existe un système de présidences tournantes entre les communautés. Le fédéralisme réconfortera tout le monde », a-t-il noté, appelant à la formation d’un « courant fédéraliste arabe » dont les chrétiens seraient le fer de lance.

Le général Pharès a par ailleurs appelé à l’établissement de fédérations dans l’ensemble du monde arabe, lesquels paveraient la voie à une Union arabe calquée sur le modèle de l’Union européenne. « La présidence n’est plus une garantie pour les chrétiens. Le nombre ne donnera pas de résultats aux chiites, les rapports de forces étant en mouvement perpétuel. Les sunnites ont subi une mutation profonde qui les a incités à opter pour le “Liban d’abord”. Nous avons un passé et des souffrances communes avec les druzes dans la Montagne et nous voulons poursuivre le chemin ensemble. La fédération est la solution », a-t-il ajouté, rejetant d’avance toute accusation de trahison parce qu’il évoque ce thème. Il a par ailleurs rejeté l’argument selon lequel un militaire ne doit pas accéder à la présidence.

Source : L’Orient le Jour

Hassan Nasrallah : "Au Liban il y a une résistance, une armée et une population qui refuse l’humiliation"

« Aujourd’hui est le premier anniversaire de la victoire divine », a-t-il lancé, avant de remercier « ceux qui se sont tenus à nos côtés contre Israël et les Etats-Unis, et ont aidé à reconstruire le pays ».

Ce discours est le troisième prononcé par Hassan Nasrallah ces dernières semaines, pour célébrer la fin du conflit qui a opposé en juillet et août 2006 Israël aux résistants libanais et provoqué d’énormes dégâts au Liban.

La foule agitant des nuées de drapeaux jaunes du Hezbollah, encadrée par le puissant service d’ordre du parti, s’était rassemblée aux cris de « Allez Nasrallah, on t’attend Nasrallah ».

50.000 chaises selon les organisateurs, toutes occupées, avaient été installées face à l’écran mais la foule s’étendait aussi aux abords du terrain vague, où d’autres écrans avaient été dressés.

Hassan Nasrallah, qui vit dans la clandestinité car menacé de mort par Israël, n’est plus apparu en public depuis le 22 septembre 2006.

Ce jour-là, une marée humaine l’avait acclamé dans la banlieue sud, en partie détruite par les bombardements israéliens, lorsqu’il avait proclamé la victoire « historique et stratégique » sur Israël.

« Nous participons à ce rassemblement parce que le Hezbollah est pour nous l’honneur de la nation et l’avenir du pays, il a vaincu Israël et montré que les pauvres et les déshérités sont capables de battre la plus puissante armée », affirmait Siham Karout, étudiante en sociologie de 22 ans.

Le conflit s’était achevé le 14 août après 33 jours de combats, par une trêve négociée sous les auspices de l’ONU.

Mais Israel n’était pas parvenu à imposer le désarmement de la Résistance.

Le Hezbollah est aussi le principal parti d’opposition au Liban, et Hassan Nasrallah a accusé les Etats-Unis « d’intervenir nuit et jour pour empêcher une solution à la crise » politique, qui sévit depuis neuf mois.

Hassan Nasrallah a affirmé que le Hezbollah avait déboursé 380 millions de dollars en aide d’urgence à la population après le conflit, pour permettre aux sinistrés de se reloger ou de commencer à reconstruire leurs maisons. 28.300 familles ont reçu une assistance, a-t-il ajouté.

La guerre contre le Liban a fait plus de 1.200 morts au Liban, en majorité civils, et 160 en Israël, pour la plupart des soldats.

Source :
Al Oufok

Michel Aoun : "Les Etats-Unis travaillent à la déstabilisation du Liban"

Le Temps : Depuis que vous avez vaincu l’ancien président
Amine Gemayel dans une élection dimanche, vos adversaires maronites disent que
vous avez perdu : vous ne contrôlez plus, comme en 2005, cette communauté
catholique…

Michel Aoun : Ils m’amusent! Ceux d’entre eux qui sont au
parlement ont été élus avec une majorité sunnite dans laquelle le vote chrétien
est dilué. Nos candidats sont en général élus par un vote moitié chrétien,
moitié non chrétien. Mais c’est une vieille manière de penser. Je suis prêt à
sacrifier 20% de ma popularité si c’est le prix à payer pour éviter une
confrontation dans le pays. Or c’est précisément ce que nous avons cherché en
signant l’an passé une entente avec le Hezbollah.

– Vous voulez la fin du système d’équilibre confessionnel
dans les institutions ?

– C’est un système condamné, en voie de disparition. Nous
voulons établir, pas à pas, la laïcité de l’Etat. Il faut que les Libanais
s’habituent à l’exercice du pouvoir sur la base de choix politiques et non
d’arrangements confessionnels.

– Votre entente avec le Hezbollah, n’est-ce pas une manière
d’arrangement ?

– C’est un programme politique! Sur la réforme de l’Etat,
son indépendance, les relations avec la Syrie, avec les Palestiniens. Le
Hezbollah est acquis à l’idée d’un code civil libanais. Et son chef, Hassan
Nasrallah, a déclaré il y a dix jours qu’il était prêt à discuter du
désarmement de son mouvement, et d’un armistice entre Israël et le Liban,
indépendamment de la situation dans le reste du Proche-Orient. Je défie nos
adversaires, que l’Occident soutient, d’avoir un tel courage.

– Mais le Hezbollah est-il lui-même indépendant : le
principe du "Velayat al-faqih" ne le lie-t-il pas directement au
guide de la révolution iranienne ?

– Si vous pensez que l’homme est une pierre, et ne change
jamais, alors vous avez raison. Quand le Hezbollah faisait référence au
"Velayat al-faqih", Samir Geagea, le chef des Forces libanaises,
parlait de cantons chrétiens, et Walid Joumblatt de frontières druzes. Les
temps ont changé. Le Hezbollah, aujourd’hui, revendique sa part de pouvoir,
rien de plus.

– La Syrie n’est-elle pas plus pesante que l’Iran sur le
Liban? Et n’avez-vous pas rencontré récemment en Allemagne un émissaire syrien,
comme le disent les Saoudiens ?

– C’est une diffamation colportée par des moulins à
mensonges. J’ai confondu Amine Gemayel qui reprenait cette calomnie. La Syrie
joue contre moi. Des mouvements pro-syriens ont appelé dimanche à voter pour
notre candidat, et ça lui a coûté des voix, par répulsion.

– Tenez-vous les Occidentaux, les Etats-Unis, pour vos
adversaires ?

– Les Américains refusent notre tentative de sortir le
Hezbollah de son isolement. Et ils soutiennent sans faille le gouvernement de
Fouad Siniora contre ce projet. George Bush a annoncé il y a une semaine le gel
des avoirs de ceux qui agissent contre le "gouvernement légitime" du
Liban, dont nous contestons la légitimité depuis un an. Trois jours avant
l’élection de dimanche, cette menace a effrayé ceux qui nous soutiennent de
leurs dons.

– Vous appelez à un gouvernement d’union nationale.
Croyez-vous l’unité du Liban menacée ?

– L’entente et l’union que nous proposons sont la seule voie
de salut. Or l’Occident n’en veut pas. Je soupçonne les Etats-Unis de
travailler à la déstabilisation du Liban, après celle de l’Afghanistan, de
l’Irak, de la Somalie, etc. Je crois en fait que les Américains souhaitent un
nouvel affrontement dans ce pays. Pour organiser, à la faveur de ce désordre,
l’implantation au Liban des Palestiniens qui y résident, parce qu’on ne leur
donnera pas d’autre pays.

Alain Campiotti

Edgar Maalouf : «Nous avons ramené le Hezbollah dans la famille»

– Ne payez-vous pas surtout l’alliance que vous avez conclue avec le Hezbollah?

– Le texte d’entente que nous avons signé avec le Hezbollah, nous l’avions aussi proposé ? tous les autres partis. Ceux qui nous le reprochent l’ont refusé. A nos yeux, le seul moyen d’obtenir du parti chiite qu’il renonce ? ses armes, dont on connaît la puissance depuis l’an passé, c’est le dialogue et des moyens pacifiques. La résolution 1701 du Conseil de sécurité l’admet, d’ailleurs. Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, vient encore de répéter qu’il est prêt ? parler de ce désarmement. Et son parti – qui est composé, ne l’oublions pas, de Libanais – ne parle plus d’établir dans ce pays une république islamique. Je pense que, en nouant avec lui un rapport de confiance, nous contribuons ? faire rentrer le Hezbollah dans la famille du Liban.

– Mais le Hezbollah est l’allié de l’Iran et de la Syrie, et vos adversaires vous rangent dans le camp pro-syrien. Un parti favorable ? la Grande Syrie appelait d’ailleurs ? voter pour votre candidat dans le Metn…

– Nous ne lui avions rien demandé, et pourquoi refuserions-nous des voix? Amine Gemayel a fait autrefois alliance avec ce parti! Mais comment peut-on nous accuser d’être pro-syriens, alors que nous avons été exilés pour avoir résisté aux troupes d’occupation de Damas! Cela dit, les Syriens sont partis, et il faudra bien que nous établissions des relations de bon voisinage, sans ingérence, avec ce grand voisin.

– La cassure dans le camp chrétien est-elle destinée ? durer?

– Pour le moment, les chrétiens sont tenus ? l’écart du pouvoir réel. Ceux qui font partie de la majorité et nous critiquent n’ont pas leur mot ? dire sur les questions importantes. Nous sommes prêts ? discuter avec eux afin que les chrétiens retrouvent une présence effective dans le gouvernement de ce pays. C’est pour cela que Michel Aoun est candidat ? la présidence de la République, qui doit récupérer toutes ses prérogatives.

– Que dites-vous des médiations – arabe, française, suisse – qui sont tentées pour aider le Liban ? surmonter sa crise?

– Tous les concours sont bienvenus. Mais je trouve que la Suisse a un comportement idéal, sans tapage, sans ingérence, et elle fait de nos problèmes une bonne analyse.

Alain Campiotti

Le Temps

L’ambassadeur d’Italie au Liban insiste sur le respect de la Constitution

M. Checchia met particulièrement
l’accent sur l’importance du respect de la Constitution et souligne la
constance de l’engagement international au Liban comme « pays-message, modèle
de coexistence et de tolérance », d’autant que cette spécificité libanaise a
été compromise avec « le repli de chacun vers son identité » depuis juillet
2006. Pour l’Italie, où le dossier libanais est devenu une « cause nationale »,
protéger les spécificités libanaises représente le principal enjeu.

«Le dossier libanais unit les Italiens qui se reconnaissent tous dans cette
cause, souligne l’ambassadeur. Cela a été démontré par la très large majorité
qu’a obtenue au Parlement la décision de participer en premier ? la mission de
la Finul, ainsi que par les visites régulières de responsables italiens de haut
niveau au Liban : le président du Conseil et les ministres des Affaires
étrangères et de la Défense notamment, des parlementaires de la majorité et de
l’opposition, le président du Parlement, des vice-ministres et de hauts
officiers. »

« Nous sommes tous conscients que l’enjeu ici, poursuit M. Checchia, n’est pas
lié ? la crise politique, car chaque pays démocratique a ses vicissitudes
politiques. Nous pensons qu’il faut tout faire pour protéger le Liban tel que
nous le connaissons, le Liban-message, modèle de coexistence, de
multiculturalisme et de multiconfessionnalisme, dans une région du monde, comme
le Moyen-Orient, qui est soumise ? des tensions continues. Nous pensons que la
spécificité du Liban, c’est la tolérance dont son histoire a toujours été
empreinte, même dans les moments les plus difficiles, et qu’il faut
sauvegarder. Le pays a vécu des guerres et des moments atroces, mais le fond du
pacte national n’a jamais été mis en question. »

Sur l’engagement européen, notamment italien, en faveur du Liban, il explique :
« Nous avons senti après la guerre de l’été dernier que le Liban-message
pourrait être en danger majeur, en raison des crispations et des replis de
chacun vers son identité. Nous avons alors voulu aider le Liban ? redevenir un
État fort et respecté, ? même d’exercer son pouvoir, comme dans chaque
démocratie, sur l’ensemble du territoire national. C’est d’ailleurs cette idée
qui a été ? la base de la résolution 1701, ? laquelle nous avons contribué dès
le début avec enthousiasme et conviction. Le gouvernement italien a œuvré dans
ce sens et je pense que la conférence de Rome (en août 2006) a été le début de
l’initiative diplomatique internationale pour soutenir le Liban. Elle n’a pas
permis d’obtenir immédiatement les résultats que nous souhaitions, mais elle a
enclenché une dynamique très importante qui a ensuite débouché sur la 1701. En
même temps, nous avons travaillé avec beaucoup de conviction sur la mise en
place de la Finul, ? travers la Task Force sous commandement italien, qui a
permis en quelques semaines la levée du blocus (israélien), et dont la mission
a été appréciée par toutes les familles politiques libanaises. Nous avons
ensuite déployé dans le cadre de la Finul le contingent le plus important. »

Soulignant que la désignation d’un Italien, en l’occurrence le général Claudio
Graziano, ? la tête de la Finul, « prouve encore une fois l’importance que Rome
attache ? la mission de cette force », M. Checchia rappelle que la mission du
contingent italien est d’aider ? la mise en œuvre de l’ensemble des
dispositions de la 1701, « mais sur la base d’un dialogue régulier ouvert avec
toutes les composantes de la population locale », et d’assister la population
pour revenir ? des conditions de vie normales.

Après avoir expliqué que les Casques bleus aident l’armée libanaise dans les
domaines qu’elle souhaite, il insiste sur l’application de la 1701 « d’une
façon ponctuelle et correcte », et rend un hommage appuyé aux forces régulières
« pour leur rôle, comme facteur d’équilibre, dans ces moments difficiles de la
vie du pays ». « Nous apprécions aussi le courage et l’esprit de sacrifice dont
les officiers et les soldats de l’armée font montre dans leurs combats ? Nahr
el-Bared », ajoute-t-il, en se félicitant de la « coordination remarquable avec
le gouvernement ». Pour lui, il s’agit d’« une action d’ensemble qui va dans le
sens que nous souhaitons : un État fort, démocratique, respecté par tous ses
citoyens et ouvert au dialogue avec toutes les composantes de la population ».

M. Checchia regrette cependant que cette action se déroule sur fond de crise
politique aiguë et souligne la contribution des responsables italiens qui sont
venus au Liban aux efforts de règlement, en précisant que cette contribution
était « basée sur le dialogue et le respect de toutes les sensibilités ». «
Nous savons que dans chaque démocratie, il y a une dialectique toujours vivace
entre majorité et opposition, mais il faut qu’elle demeure dans un cadre
constitutionnel. Nous allons tout faire pour que le dialogue entre les familles
politiques et les différentes sensibilités reste encadré par la Constitution et
les valeurs communes libanaises », affirme-t-il, en précisant que ces efforts
se poursuivront « en étroite liaison avec nos partenaires européens »,
notamment ? la faveur de nouvelles visites d’officiels italiens ? Beyrouth, ?
l’approche de la présidentielle. « Nous collaborerons ? cette fin avec Lisbonne
et la délégation de la Commission européenne. Je tiens beaucoup ? ce travail
d’équipe parce qu’il faut que l’UE, au Liban ou ailleurs, ait une seule voix
pour être crédible. En tant que président local, je vais tout faire pour
transmettre ce message d’une UE qui réfléchit ensemble et qui essaie d’œuvrer
en faveur du Liban dans la mesure de ses possibilités. Nous essaierons encore
d’apporter un message de bon sens et de pousser au dialogue et au compromis »,
insiste M. Checchia.

Le diplomate se montre nuancé quant aux résultats des médiations entreprises
pour régler la crise. Il refuse ainsi de parler d’un échec. « S’il y a un
échec, il est ? court terme, au moment où une mission s’achève.
Personnellement, je crois qu’il faut réfléchir en termes de dynamique. Il faut
éviter que la situation dérape et je pense qu’un résultat important a été
acquis ? ce niveau, grâce aux efforts de la communauté internationale et de
l’UE, ainsi qu’au bon sens des politiciens libanais. Ils nous disent tous que
la paix civile est une ligne rouge et cela nous fait immensément plaisir de les
entendre le dire. Nous essayons de soutenir cette conscience par des
suggestions que nous tentons de véhiculer, sans pour autant remplacer les
Libanais, parce qu’il faut parvenir ? créer ? nouveau une dynamique de dialogue
purement libanaise. Nous savons que la base est solide. »

Quant aux propos du chef de la diplomatie française sur un éventuel retour aux
violences si le dialogue n’est pas repris, M. Checchia n’y voit pas un manque
d’espoir, mais un appel ? éviter les risques. « Nous savons que rien n’est
acquis, reconnaît-il, mais comme la paix civile constitue une ligne rouge, de
l’aveu même des dirigeants libanais, nous devons tout faire pour qu’elle le reste,
sachant qu’aucun d’entre nous n’a des certitudes. Je pense que M. Kouchner a
voulu lancer un avertissement selon lequel il n’est pas possible de prendre des
risques. Je ne le vois pas comme un manque de confiance, mais comme un
avertissement qu’il lance aux Libanais et ? nous tous, pour qu’on poursuive nos
efforts. C’est le même message qui a été lancé par les membres du gouvernement
italien lors de leurs visites ? Beyrouth. »

S’il insiste sur un règlement libanais de la crise, il souligne parallèlement
que les responsables européens sont parfaitement conscients de l’impact du
facteur régional sur le Liban. « On ne peut pas envisager une solution ? la
crise libanaise sans adopter une approche globale. C’est l’essence du message
que tous les responsables européens venus au Liban véhiculent. Le Liban est un
pays cher ? nous tous, mais il est placé dans une région où il y a d’autres
acteurs qu’il faut impliquer d’une façon positive en vue d’une solution ? cette
crise. »

Pas de blancs-seings ? quiconque concernant le Liban.

Au terme de sa visite, il y a quelques mois, au Liban et ? Damas, le ministre
italien des Affaires étrangères, Massimo D’Alema, avait parlé de signes
encourageants provenant de Damas, sans qu’on ne sache exactement de quoi il
s’agissait. « Il n’est pas rentré dans les détails, explique M. Checchia, mais
je pense que le message qu’il voulait transmettre est qu’il faut que tout le
monde sache que le Liban est un pays que la communauté internationale ne va
jamais abandonner ? son destin. Nous sommes ainsi prêts ? entrer dans des
négociations avec tout État de la région qui peut avoir un rôle ? jouer dans ce
pays, sur des dossiers qui l’intéressent, mais il faut qu’il donne des gages de
bonne volonté quant au dossier libanais. On ne va pas donner de blancs-seings ?
quiconque concernant le Liban, soyez-en sûrs. Tous les messages d’ouverture
qu’on adresse aux pays avoisinants sont accompagnés de demandes précises de
comportements acceptables et constructifs par rapport au Liban. On ne va pas sacrifier
ce pays pour des équilibres qui le dépassent. C’est une politique sans
équivoque de l’Union européenne. M. Javier Solana a été très clair ? ce sujet
», insiste-t-il, estimant que le dossier libanais est tellement complexe, qu’il
faut bâtir pas ? pas une sortie de crise. « Mais comme plusieurs États ont des
positions divergentes sur les dossiers régionaux, il ne faut pas être pressé et
donner le temps ? la diplomatie pour mener ? bien son travail, sachant que
celle-ci a aussi ses limites. Aucun d’entre nous n’a des solutions miracles. »

En ce qui concerne plus particulièrement la position européenne, marquée par
des divergences sur la façon de traiter le dossier syrien, M. Checchia affirme
: « La politique européenne est complexe. On la fait ? 27 maintenant et la
Commission européenne joue un rôle important, les pays membres aussi. On essaie
de trouver peu ? peu une position commune. Il se peut parfois qu’il y ait un
décalage entre certaines sensibilités nationales et certaines politiques
communautaires, mais la politique de l’UE en tant que telle est le fruit de ces
sensibilités, qui ne coïncident pas toujours, mais qui doivent trouver un
dénominateur commun. C’est donc un effort que les ministres des Affaires
étrangères poursuivent ? l’occasion de leurs Conseils et que les fonctionnaires
des différents pays mènent ? un autre niveau. Les dossiers qui ne sont pas
parfois agréés vont souvent au Conseil européen et c’est donc ? ce niveau le
plus élevé des chefs d’État ou de gouvernement que la position européenne est
arrêtée. »

« Avec toutes nos limites, on a jusqu’? présent réussi ? avoir des politiques
agréées sur des dossiers délicats. Je suis sûr que le Liban est un terrain où
la présence de l’Europe, comme acteur politique international, essaiera de s’exprimer
le mieux et c’est ce qu’on est en train de faire », observe-t-il.

Concernant la présidentielle, le diplomate affirme qu’il « faut tout faire pour
que cette échéance se déroule dans les délais et suivant les modalités établies
par la Constitution ». « On souhaite qu’un accord puisse être trouvé. Les deux
camps doivent continuer ? se parler. Le débat est en cours. Nous ne voulons pas
introduire des éléments qui pourront préjuger de la conclusion. Ce qui nous
tient ? cœur, c’est l’unité du Liban. » M. Checchia assure ainsi que les
contacts menés en faveur du Liban vont s’accroître d’ici ? septembre. Des
contacts qui seraient peut-être menés loin des feux de la rampe. Selon lui, le
dossier est « tellement sensible et important, qu’il requiert également beaucoup
de discrétion ». Le diplomate écarte face au blocage actuel, l’éventualité que
le Liban devienne un non-État avec des institutions qui ne fonctionnent pas. «
La qualité de la population libanaise ne le permettra pas. Je pense qu’il y a
un souci ? se faire si la crise persiste, mais nous continuerons d’œuvrer pour
que ce risque reste un cauchemar qui ne sera jamais concrétisé. »

Excluant également la possibilité que les efforts diplomatiques soient
rattrapés par la guerre, M. Checchia indique que la paix a beaucoup de chances
de l’emporter, « parce que nous faisons confiance aux Libanais et au bon sens
de la communauté internationale ».

Une Italie engagée culturellement et socialement au Liban

L’Italie a toujours été le premier partenaire commercial du Liban. Après la
guerre de juillet 2006, elle avait perdu quelques places qu’elle a cependant
vite récupérées. Aujourd’hui, Rome est de nouveau le premier partenaire
commercial du Liban.

Mais la coopération avec l’Italie ne se limite pas ? ce niveau, puisqu’elle
touche ? de nombreux autres domaines, culturels et de développement en
particulier.

Présente au Liban depuis des années ? travers ses très actives ONG, l’Italie a
renforcé depuis un an son engagement en faveur du développement dans le pays,
que ce soit ? travers ses organisations non gouvernementales ou ? travers son
contingent, qui entretient d’excellents rapports avec la population locale du
Liban-Sud, assure M. Checchia.

Les Casques bleus italiens aident les sudistes ? retrouver des conditions de
vie normales et sont ? l’écoute de leurs besoins, explique l’ambassadeur,
précisant que Rome est « très engagé dans la reconstruction de
l’infrastructure, ponts, électricité et réseaux de communication dans les
villages ».

L’une des priorités de l’Italie est actuellement le déminage « pour lequel
nous avons déboursé 2 millions d’euros dans le cadre onusien, parce que nous
savons combien ce projet est important pour la population du Sud ».
« Les mines et les sous-munitions constituent une menace pour les couches
les plus faibles, comme les enfants, d’où notre campagne scolaire de
sensibilisation ? leur danger, ainsi que pour les agriculteurs qui ne peuvent
pas exploiter leurs terres », ajoute M. Checchia, avant de faire état
d’autres projets de coopération en faveur du Liban, gérés par le ministère des
Affaires étrangères et les agences compétentes. Il s’agit du « Programme
Ross », axé sur le Liban-Sud et qui est mis en place parallèlement aux
projets de coopération classique, exécutés ? travers des ONG « qui mènent
un travail remarquable et qui sont actives dans de nombreux domaines ».
Dans le cadre du « Programme Ross », 35 projets sont exécutés dans
une centaine de localités de la partie méridionale du pays.
« J’ai signé le 17 novembre, avec le président du CDR, un protocole dans
lequel on détaillait tous les projets que l’Italie allait financer, même dans
le cadre du “Programme Ross”. Il y a également la coopération ordinaire,
affectée sur le plan multilatéral, aux agences spécialisées des Nations unies
et dont le montant se chiffre ? dix millions d’euros, ? ajouter aux 15 millions
d’euros consacrés aux ONG, sans oublier les 5 millions d’euros destinés ?
soutenir le budget libanais, pour des projets de reconstruction et la
réhabilitation de l’infrastructure endommagée par la guerre. Il y a également
les 120 millions de Paris III », explique M. Checchia.

Au Liban-Sud, souligne-t-il en réponse ? une question, la coopération avec la
population proche du Hezbollah se passe très bien. « Les ONG ont un dialogue
régulier avec les municipalités, donc elles ne s’adressent pas ? leurs
responsables en tant que représentants de partis politiques, mais en tant que
représentants des institutions concernées par le développement. Notre axe est
l’autorité locale sur place, donc les municipalités. La même chose s’applique
aux délégations que nous recevons en Italie dans le cadre de la coopération
bilatérale. Elles sont de bords différents. »

L’ambassadeur insiste en outre sur la dimension culturelle entre les deux pays.
« Elle a toujours joué un grand rôle dans les relations bilatérales. Nous
sommes deux pays qui appartiennent ? une grande culture. C’est la culture de la
Méditerranée. Le Liban nous a donné, ? nous tous Européens, des outils
extraordinaires pour nous ouvrir au monde. Je parle évidemment de l’alphabet,
de la navigation. Nous avons misé tout de suite après l’indépendance du Liban
sur le volet culturel comme moyen de communication. Nous avons toujours mené
une politique culturelle très active au Liban et en Italie. Le point d’orgue
cette année de cette coopération a été le magnifique concert qui a été organisé
dans le palais du Quirinal, où le président de la République a tenu un très
beau discours ? l’égard du Liban. Le fait même qu’on ait pensé au maestro Muti
et au palais du Quirinal en signe de solidarité avec le Liban et en l’honneur
de ce pays montre ? quel point ce pays est perçu par nous tous comme un
pays-message qu’il faut sauvegarder, parce que c’est celui de la coexistence et
du respect de l’autre. C’est ainsi que nous percevons le Liban et nous voulons
continuer de le percevoir comme tel. Même ce genre de manifestation culturelle
répond ? cette image du Liban. »

Dans le même ordre d’idées, M. Checchia met en relief l’italien enseigné ou
pratiqué au Liban. « Il y a des projets magnifiques qui sont en cours, au
Liban-Sud et dans tous les lycées du pays où l’italien est enseigné comme une
deuxième langue. Nous avons aussi un lecteur (un professeur de littérature
italienne) dans les universités libanaises. Beaucoup de Libanais parlent
l’italien. C’est un atout majeur pour nous et pour les rapports entre les deux
pays, même dans les domaines professionnels très sophistiqués, tels que la
médecine, l’agronomie et la biotechnologie. La langue va ainsi rester un des
axes de la coopération bilatérale. La culture aussi. »

Tilda ABOU RIZK
L’Orient
le Jour

Michel Aoun : Pour survivre, le Liban a besoin de la participation de tous

Zenit : Quelle signification revêt votre visite au Vatican?

M. Aoun – Le Vatican est pour moi la référence spirituelle suprême au sein de l’Eglise catholique. Nous pouvons également dire qu’il s’agit d’une autorité morale importante dans l’ensemble du monde chrétien, catholique ou non-catholique. Les positions du Vatican ont une influence sur les plans éthique et moral. Pour notre part, en tant que maronites, nous faisons partie du monde catholique et, cela dit, lorsque le Liban traverse des crises ou des épreuves, nous considérons qu’il est important d’informer les responsables au Vatican de la situation, étant donné que l’image diffusée par les médias reflète davantage les intérêts de ceux qui la produisent que la réalité du vécu des citoyens et du peuple libanais et celle de la réalité sur le terrain. D’où l’importance de venir en personne, de dialoguer et de discuter avec les autorités vaticanes. Certes, nous nous entretenons avec des personnes dotées d’un sens critique et capables, par suite, de discerner le vrai du faux. Ainsi, les prises de position de l’Eglise, qu’elles soient des positions morales, des conseils ou autres, sont plus utiles et plus objectives.

Zenit – Selon votre expérience personnelle de foi, est-il possible de parler de « chrétienté arabe » ?

M. Aoun – La chrétienté arabe est l’une des premières formes de chrétienté ? s’être répandue dans la péninsule arabe, en Mésopotamie et jusqu’aux confins de l’Inde. En effet, le Nord de la Syrie renferme une multitude de vestiges chrétiens que vous pouvez toujours voir aujourd’hui et l’histoire arabe écrite montre que les chrétiens étaient largement répandus. Il ne reste qu’une toute petite partie des chrétiens arabes mais, historiquement parlant, ceux-ci étaient présents dans toute la péninsule arabe.

Zenit – Quel est le rôle de ces chrétiens arabes de nos jours ?

M. Aoun – Les chrétiens du Liban sont constitués des maronites, des grecs-orthodoxes, des grecs-catholiques et d’autres confessions. Sans compter qu’il existe cinq patriarches qui portent le titre de «patriarches d’Antioche». Nous savons tous que c’est d’Antioche que sont partis les premiers chrétiens et la Bonne Nouvelle. Dans mon livre, j’ai évoqué la présence chrétienne en Orient, nos racines historiques et le fait que nous ne sommes pas des émigrants mais des habitants autochtones établis en Orient 662 ans avant la naissance de l’islam. Il existe quelque part une confusion chez les occidentaux lorsqu’ils entendent l’arabe. Tout ce qui est arabe n’est pas obligatoirement musulman. L’arabe, en tant que race, englobe toutes les religions. Pour ce qui est de la civilisation arabe, ce sont les chrétiens qui ont le plus œuvré pour la maintenir et qui ont conservé la langue arabe. Ils comptaient parmi les écrivains les plus illustres et même au temps du Califat, les poètes de la cour étaient des chrétiens, comme par exemple le poète Al-Akhtal. Les arabes font donc partie de la région orientale, d’où l’importance de l’Exhortation apostolique post-synodale pour le Liban de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, publiée en mai 1997, qui parle des chrétiens du Liban et de l’Orient. Par ailleurs, les chrétiens du Liban demeurent, ? l’heure qu’il est, une référence au Moyen-Orient, et leur modèle de relations avec leur entourage constitue une assurance et une garantie pour la présence des chrétiens dans les autres pays arabes de la région.

Zenit – Comment percevez-vous les rapports entre chrétiens et musulmans au Liban actuellement ?

M. Aoun – Le Liban, de par sa nature, est une terre de tolérance; et la tolérance chez nous n’est pas chose artificielle. La mettre en pratique ne suppose pas de notre part des efforts extraordinaires puisqu’elle fait partie de notre mode de vie: chacun de nous vit donc sa vie sociale en fonction de ses traditions et convictions. Il existe certainement une sorte d’interaction entre certaines traditions et coutumes, mais de ce côté-l? , même dans les pires tourmentes qu’a connues le Liban, tout comme au cours de la guerre civile et en dépit de tous les obstacles physiques et psychologiques qui séparaient les gens, le peuple libanais ne s’est pas laissé influencer, aussi bien sur le plan social et en ce qui concerne son mode de vie, que par les conditions difficiles qui prévalaient. La vie sociale a suivi son cours comme ? l’ordinaire. Quant ? l’autre aspect, et je parle ici de la dimension politique, il n’a eu de cesse et continue d’avoir un impact négatif sur la réalité libanaise.

Zenit – Dans l’islam existe un lien intrinsèque entre la politique et le social. Pensez-vous que le Liban arrivera un jour ? établir la distinction entre les domaines politique et religieux ?

M. Aoun – Comme mouvement politique, nous oeuvrons en vue de séparer les pratiques politiques et religieuses. Le Liban a connu des périodes – comme durant le règne ottoman qui était l’un des plus cruels et injustes – pendant lesquelles les gens étaient contraints de s’«affilier» ? une religion donnée, du fait de la politique de marginalisation et de persécution mise en œuvre dans la société. Par la suite, la situation s’est améliorée jusqu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et la mise sous mandat et protection de la France, et ce, jusqu’? l’indépendance en vertu du pacte national. A ce stade, l’influence chrétienne dans la vie sociale était remarquable et les chrétiens étaient des éléments actifs dans la vie politique jusqu’aux débuts des événements des années 70 qui ont consacré tout un processus qui a bouleversé l’équilibre politique, entraînant la marginalisation des chrétiens. Le Liban ne peut survivre sans gouvernement équilibré avec la participation de tous, chrétiens, chiites et sunnites. Michel Chiha – qu’il repose en paix – l’une des figures les plus éminentes qui ont bien compris la réalité libanaise, disait : « Quiconque cherche ? annuler la foi au Liban veut en réalité supprimer le Liban ».

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