Le Hezbollah a fermé les yeux sur l’attaque contre Israël

L’attaque à la roquette jeudi depuis le Liban contre le nord d’Israël serait l’oeuvre d’un groupuscule palestinien qui aurait agi avec l’accord tacite du Hezbollah mais devrait rester un acte isolé, estiment des analystes.

«Il ne s’agit pas de l’oeuvre d’un groupe libanais. Toutes les parties libanaises, y compris le Hezbollah, souhaitent un minimum de stabilité, notamment avant les législatives» en juin, affirme Oussama Safa, directeur de Centre libanais pour les études politiques.«Ce n’est pas le style du Hezbollah de lancer quelques vieilles roquettes, juste pour provoquer. Soit il se lance dans une grande opération, soit il ne fait rien», précise l’expert, selon qui le groupe chiite «n’a pas intérêt à enflammer le front libanais».

Quatre roquettes de type katioucha tirées depuis le sud du Liban se sont abattues sur l’ouest de la Galilée, dans le secteur de la ville de Nahariya et du kibboutz Kabri, blessant légèrement deux femmes, selon l’armée israélienne, qui a riposté en tirant plusieurs obus vers le Liban.

Même si le Hezbollah a démenti toute implication dans l’attaque de jeudi, les analystes croient à son accord tacite ou du moins à sa connivence.

«Rien ne peut se faire dans le sud du Liban sans que le Hezbollah ne soit au courant», assure M. Safa.

«Je suis convaincu que le Hezbollah n’a rien à voir, mais il est responsable d’une manière ou d’une autre», renchérit Nicolas Nassif, analyste au quotidien Al Akhbar, proche de la coalition soutenue par Damas et Téhéran et emmenée par le puissant mouvement chiite.

«Le Hezbollah a caché ses armes sous terre, mais son influence demeure évidente dans le sud du pays», poursuit-il.

En vertu de la résolution 1701 du Conseil de sécurité qui a mis fin au conflit en 2006 entre Israël et le Hezbollah, toutes les milices au Liban doivent désarmer.

Le mouvement chiite, qui prône la lutte contre l’Etat hébreu, n’a entrepris aucune action militaire contre Israël depuis mais n’a pas non plus déposé les armes.

«Le Hezbollah a nié son implication, mais ce qui s’est passé sert ses intérêts, car s’il s’agissait bien d’un message qu’il souhaitait faire passer», souligne M. Nassif.

«Il peut très bien avoir fermé les yeux», dit-il.

Selon les analystes, le Hezbollah ne pouvait s’impliquer directement car il ne veut pas s’attirer les foudres de l’Etat, et surtout de la majorité parlementaire antisyrienne qui souhaiterait le voir désarmer.

Pour Timor Goksel, ancien responsable de la Force des Nations unies au Liban, le responsable est très probablement le Front populaire de libération de la Palestine – commandement général (FPLP-CG), groupe prosyrien basé à Damas mais qui possède des camps militaires près de la frontière libano-syrienne.

«Il s’agit d’un message de solidarité avec la bande de Gaza de la part de la +guérilla+ palestinienne et pas d’une démonstration de force ou d’une opération militaire», assure-t-il.

Pour les analystes, comme pour beaucoup de médias libanais et israéliens, il s’agit bien d’un avertissement pour prévenir que si l’offensive israélienne se poursuit, d’autres fronts pourraient s’ouvrir, comme l’avait d’ailleurs dit Ahmad Jibril, le chef du FPLP-CG, le 3 janvier à Damas.

«L’hypothèse du FPLP-CG est très possible car c’est un allié de la Syrie, qui soutient le Hamas, et il possède une marge de manoeuvre au Liban qui lui permet de faire ce genre de choses. De plus, il n’a pas condamné le lancement de roquettes», souligne M. Safa.

Les observateurs croient cependant à un incident isolé qui ne s’inscrit pas dans le cadre d’un plan bien établi.

«Si jamais cela se répétait, cela ne sera plus un message», prévient M. Nassif.

Rana Moussaoui
Agence France-Presse
Beyrouth