Libération de 5 prisonniers détenus en Israël

Hassan NasrallahIsraël a relâché ce mercredi cinq prisonniers libanais – parmi lesquels Samir Kantar, du Front de libération de Palestine – en vertu d’un accord d’échange passé avec le Hezbollah libanais. Le doyen des prisonniers, tout souriant, en T-shirt gris et jean délavé, a été accueilli par des cris de joie et une foule qui a crié « Allahou Akbar! » (Dieu est grand).

Vêtus ensuite des treillis des combattants du Hezbollah, les cinq hommes sont ensuite arrivés à l’aéroport de Beyrouth. Le président Michel Sleimane est venu les accueillir à la leur descente d’hélicoptère, accompagné du Premier ministre Fouad Siniora et du président du Parlement Nabih Berri. Une immense foule attendait également de les accueillir dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. Un rassemblement monstre est prévu dans la capitale pour fêter leur libération.

« Ici, c’est la victoire du Hezbollah. Mais pas seulement », commente Isabelle Dellerba, correspondante de FRANCE 24 à Beyrouth. « A l’aéroport de Beyrouth, pour accueillir les prisonniers, il y a le président libanais, le Premier ministre et président de l’Assemblée nationale. Toutes les factions politiques participent à l’événement. Et toutes les institutions privées et publiques sont fermées pour l’occasion. »

D’ailleurs, des représentants de toutes les communautés religieuses (druze, sunnite, chiite, chrétiens) étaient présents à l’aéroport.

Le chef du mouvement chiite Hezbollah, Hassan Nasrallah, est ensuite apparu en personne devant des dizaines de milliers de partisans dans la banlieue sud de Beyrouth, lors de la cérémonie d’accueil des cinq prisonniers libérés. « Ce peuple ne peut jamais être vaincu », a-t-il lancé avant d’ajouter : « Le temps des défaites est révolu, c’est maintenant le temps des victoires ».

Un peu plus tôt dans la journée, les dépouilles des deux soldats israéliens, dont l’enlèvement en 2006 avait déclenché une opération militaire au Liban, ont été formellement identifiées par Israël. Elles avaient été remises aux autorités israéliennes par l’intermédiaire du Comité international de la Croix-Rouge.

Amertume israélienne

Beaucoup de commentateurs israéliens jugent « inhumaine » l’attitude du Hezbollah d’avoir attendu jusqu’à la dernière minute pour confirmer la mort des deux soldats. « Cela suscite une controverse en Israël », commente Marc de Chalvron, envoyé spécial de FRANCE 24 à la frontière israélo-libanaise. « Beaucoup pensent que rendre des prisonniers bien vivants contre des cadavres, cela ne vaut pas vraiment le coup. Surtout que parmi les prisonniers libanais figure un héros de la résistance libanaise, Samir Kantar, qui a procédé à une opération terrible qui reste dans la mémoire de tous les Israéliens. L’échange a donc du mal à passer. »

Samir Kantar, du Front de libération de Palestine, a été condamné en 1980 à cinq peines de prison à vie, pour avoir tué un civil israélien et sa fille ainsi qu’un policier israélien en 1979 dans le nord d’Israël. Durant les trois dernières décennies, Kantar a suivi l’actualité politique du monde arabe depuis sa cellule. Il intervient régulièrement sur la scène locale libanaise par le biais de lettres.

« C’est l’image qui restera de cette journée, le contraste entre la victoire côté libanais et la colère et le dégoût côté israélien », confirme Léa Salamé, spécialiste de politique internationale à France 24.

Réaction du Hamas

L’opération d’échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah a suscité une réaction du Hamas, mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza : cela « démontre que le moyen le plus efficace de faire libérer les prisonniers détenus par l’occupant est l’enlèvement de soldats sionistes (sic) », a déclaré le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri.

Le Hamas exige en effet la libération de centaines de prisonniers palestiniens en échange d’un soldat israélien, Gilad Shalit, capturé par un commando palestinien lors d’une attaque à la lisière de la bande de Gaza en juin 2006.