Les tours modernes de Beyrouth écrasent le patrimoine architectural libanais

Le jardin du musée Sursock à Beyrouth au Liban le 27 juin 2008, rasé pour y construire une tour de 25 étagesBEYROUTH (AFP) — L’une après l’autre, les maisons de style ottoman ou vénitien aux jardins luxuriants qui caractérisaient Beyrouth sont rasées, laissant la place à des tours vertigineuses.

« Aujourd’hui, tout le monde veut des tours, car à partir du dixième étage ils peuvent voir la mer », déplore à l’AFP Mona Hallak, architecte et militante de l’Association pour la protection des sites et anciennes demeures (Apsad) au Liban.

Profitant de cette tendance et du prix élevé des terrains, les propriétaires se précipitent pour vendre leur bien, même s’il s’agit d’une maison traditionnelle ancestrale.

La maison est démolie, le jardin détruit et le terrain vendu pour laisser la place à une tour.

« A chaque fois qu’une ancienne maison est démolie, un espace vert disparaît et avec lui des arbres parfois centenaires », regrette Mme Hallak.

« Les oiseaux qui vivent dans l’arbre disparaissent aussi (…) et toute une qualité de vie », insiste-t-elle.

L’unique loi pour la protection des anciennes demeures au Liban date de 1933, de l’époque du mandat français. Elle protège surtout celles construites avant 1700 même si des bâtiments plus récents peuvent également être placés sur la liste des sites protégés.

« La loi porte surtout sur la protection des sites archéologiques », explique à l’AFP le ministre de la Culture, Tarek Mitri.

En 1977, après une étude gouvernementale, près de 250 bâtiments à Beyrouth ont été classés. « Cette liste est devenue obsolète. En outre, certains bâtiments qui devraient y figurer n’en font pas partie », souligne le ministre.

Mme Hallak estime pour sa part qu’il est nécessaire de préserver le patrimoine tout entier: « Il est important de sauver une rue entière (…) un quartier (…) toute une structure sociale est liée à ses bâtiments ».

Gemmayzeh, près du centre-ville, est l’un des rares quartiers à avoir préservé son patrimoine architectural. Mais, les étages inférieurs des anciennes maisons sont devenus des restaurants ou des bars.

« Nous voulions en faire un autre Montmartre avec des cafés tranquilles. Mais, le quartier est devenu autre chose », déplore Joseph Raidy, président de l’Association pour le développement de Gemmayzeh, faisant allusion au quartier bohême de Paris.

Gemmayzeh renferme la résidence de la famille Sursock, devenue un musée d’art moderne. Construite en 1912, cette somptueuse villa est l’une des plus belles demeures de Beyrouth.

Mais son splendide jardin a été rasé pour construire un immeuble de 25 étages.

« C’est un massacre, un crime. Il y avait des arbres de 40 mètres de haut », déplore M. Raidy. « J’avais envie de pleurer … c’était le plus grand, le plus beau jardin de la région. Il y avait un arbre vieux de 2.000 ans », dit Maroun un résident du quartier.

Dénonçant la corruption au Liban, M. Raidy a affirmé que le jardin avait été détruit malgré les promesses de la municipalité de le préserver.

Jihad Khiyyami, un ingénieur travaillant sur le projet, comprend les propriétaires: « C’était un terrain désert et son développement était autorisé. La demande était élevée », indique-t-il, soulignant que tous les appartements de la tour ont déjà été vendus.

« Les propriétaires ne doivent pas être pénalisés parce qu’ils possèdent une ancienne demeure », affirme le ministre Mitri. Une loi, qu’il a proposée, offre aux propriétaires de veilles maisons des exemptions d’impôts et de frais d’enregistrement.

La loi a été votée mais elle attend d’être ratifiée par le Parlement.

Susan Hamza, qui habitait une demeure construite en 1930, a tout essayé pour sauver la maison lorsque sa famille a voulu la vendre.

« Nous avons même envoyé des lettres à des princes arabes (du Golfe) pour leur expliquer l’histoire de la demeure et leur suggérer de la transformer en musée du textile », dit Mme Hamza.

Ils n’ont jamais reçu de réponse.